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Des extraits d'un récit
Chez les fondus - Jeanine
M.
[extrait 1]
[…] C'est en rencontrant mon premier mari, Yves, que je
suis entrée dans le monde de la restauration. Et c'est grâce à un poste de
T.S.F en panne que je l'ai rencontré. J'avais vingt-trois ans, on était en 1952.
Ma grande sœur et moi, on n'avait plus notre mère depuis dix ans, et plus notre
père depuis six ans, on élevait notre petite sœur qu'a eu toutes les maladies,
et on était en banlieue parisienne, à Juvigny-sur-Orge. Notre poste de T.S.F, on
aimait bien l'écouter avec Denise pendant qu'on faisait les bandes de routage.
Et il est tombé en panne. Je suis allée dans la seule boutique qui réparait dans
ce pays-là, dans la grande rue -nous, on habitait au bout de cette grande rue,
on habitait sous les toits mais enfin on était dans cette grande rue, au bout.
Cette boutique, c'était une grande grande maison, ils vendaient de tout, des
machines à coudre, des landaus d'enfants, tout, c'était incroyable, c'était la
plus belle boutique de Juvigny. Exceptionnellement, la patronne, ma future
belle-mère, elle n'était pas là, elle avait dû s'absenter. Et le fils, qui ne
travaillait pas d'ordinaire dans le magasin -lui, il était employé dans la
restauration- ce jour-là, il avait dit à sa mère : "je ne suis pas au
restaurant, je vais tenir la boutique pendant que tu n'es pas là." Je lui ai
donné mon poste de T.S.F à réparer. Il a pris mon nom et mon adresse.
[…]
[extrait
2]
[…] On
s'est amusé et on a gagné notre vie, avec notre Resto Rigolo, mais on s'est
donné énormément de mal. C'était super prenant, et puis alors surtout, ce qu'il
y avait, je le redis : c'était un boyau, c'était tout tout petit, et les
poêlons d'huile bouillante, attention, fallait vraiment être très attentifs. La
fondue savoyarde, c'est que du fromage, mais la fondue bourguignonne, c'est de
l'huile bouillante bouillante. Pour que ta viande cuise, c'est astronomique la
chaleur qu'il faut. Et comme c'était pas large, avec les gratteux, les gens qui
rentraient qui ressortaient, c'était pas facile du tout pour servir. Qu'est-ce
qu'on avait peur tout le temps ! On avait peur tous les jours des accidents,
tous les jours. Les clients, eux, ils chantaient, ils dansaient, ils se
prenaient par les coudes pour "La balade des gens heureux" pendant que les
poêlons d'huile bouillante étaient sur les tables, ou pendant qu'on allait en
vitesse les rechercher dès qu'ils avaient fini de manger… Qu'est-ce qu'on avait
peur… Et qu'est-ce qu'on a pu se brûler en cuisine !... -mais on n'avait pas le
droit d'être malade, on mettait du tulle gras vert sur la brûlure et on
continuait… […]
[extrait
3]
[…] l'idée géniale
que Jean-Marc a eue pour amuser un peu plus encore les gens, c'est de mettre le
vin dans des biberons ! On s'est mis à servir le vin à table dans des
biberons ! Chacun avait le sien. Même les grands vins -parce qu'il y avait des
gens qui, de temps en temps, voulaient des bonnes bouteilles-, même les bonnes
bouteilles, on les décachetait et on les revidait dans les biberons ! Les
tétines étaient percées au bout non pas comme pour un bébé mais un peu plus
gros. Autrement, c'était des vrais biberons. On les achetait en gros aux maisons
de biberons pour enfants. Et attention, les tétines, on les stérilisait
évidemment après chaque service et avant chaque service.
[…]
***
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